Ce que les études ne m'ont pas appris sur mon métier de nutritionniste équin

Photo prise par Charlotte Rondot

Lorsque je me suis formée à la nutrition équine, je pensais apprendre à nourrir les chevaux.

Je pensais apprendre à construire une ration, à comprendre les besoins nutritionnels, à interpréter des analyses de fourrages ou encore à maîtriser les recommandations et les calculs. Et bien sûr, tout cela fait aujourd’hui partie de mon métier.

Mais avec le temps, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui m’avait le plus marquée.

Les études m’ont appris la nutrition.
Le terrain m’a appris mon métier.

Le monde du cheval est rempli de pratiques qui sont parfois reproduites simplement parce qu’elles ont toujours été faites ainsi. Comme beaucoup de professionnels, c’est d’ailleurs ce constat qui m’a poussée à chercher des réponses dans la littérature scientifique. J’avais envie de comprendre les mécanismes derrière ce que j’observais, de savoir pourquoi certaines pratiques fonctionnaient, pourquoi d’autres semblaient montrer leurs limites et surtout de m’appuyer sur des connaissances solides plutôt que sur des habitudes.

Je me suis donc plongée dans les études scientifiques avec beaucoup d’enthousiasme.

Et elles m’ont énormément appris.

Elles m’ont permis de mieux comprendre le fonctionnement du système digestif du cheval, les interactions entre nutrition, métabolisme et santé, l’importance du microbiote ou encore les conséquences de certains déséquilibres alimentaires que l’on rencontre fréquemment sur le terrain.

Quand la science ne suffit pas à elle seule

Mais au fil de mes lectures, je me suis également rendu compte d’une chose : ce qui est scientifiquement pertinent n’est pas toujours directement applicable dans la réalité.

Non pas parce que la science a tort. Bien au contraire. La recherche est indispensable et constitue aujourd’hui la base de mon travail. Sans elle, il serait impossible de faire évoluer nos connaissances ou de remettre en question certaines idées reçues.

Mais entre les connaissances produites par la recherche et leur application concrète, il existe souvent tout un travail de traduction.

La science permet de comprendre.

Le terrain permet d’appliquer.

Le rôle du nutritionniste est souvent de faire le lien entre les deux.

Une étude cherche généralement à comprendre un mécanisme précis dans un contexte défini. Le terrain, lui, est beaucoup plus complexe. Les facteurs s’entremêlent, les situations sont rarement identiques et chaque cheval apporte sa part de singularité.

C’est probablement l’une des réalités que les études ne m’avaient pas apprises.

Un cheval réel n’est pas une publication scientifique

Un cheval réel n’est pas une publication scientifique. C’est un individu à part entière, avec son histoire, son environnement, son mode de vie, ses sensibilités et parfois des problématiques qui ne rentrent dans aucune case.

Une recommandation peut être parfaitement juste sur le plan scientifique et pourtant nécessiter des ajustements avant d’être réellement pertinente dans la situation que l’on a devant soi.

Pendant longtemps, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi il existait parfois un écart entre ce que les études nous apprenaient et ce que l’on observait sur le terrain. Aujourd’hui, je pense avoir trouvé la réponse : ces deux mondes ne s’opposent pas, ils se complètent.

Là où se trouve mon métier

Mon rôle n’est pas seulement de connaître les besoins nutritionnels du cheval ou de savoir équilibrer une ration. Il consiste aussi à interpréter les connaissances scientifiques, à les remettre en contexte et à les adapter à une situation réelle. Autrement dit, à faire le lien entre ce que la science nous apprend et ce que le terrain nous montre.

C’est d’ailleurs ce que je trouve le plus passionnant dans ce métier.

Une recommandation pertinente n’est pas seulement une recommandation scientifiquement juste.

C’est une recommandation qui a du sens pour le cheval que l’on a devant soi.

Voir comment des connaissances parfois très théoriques peuvent, lorsqu’elles sont correctement interprétées et adaptées, avoir un impact concret sur la vie d’un cheval. Une meilleure gestion du poids, un confort digestif retrouvé, une récupération facilitée, une meilleure adaptation aux saisons ou simplement un cheval qui se sent mieux dans son quotidien.

Au fil des années, j’ai également compris que la nutrition ne se résumait jamais à une simple ration. Elle influence le métabolisme, l’immunité, la digestion, le comportement, la capacité d’adaptation et bien d’autres paramètres encore.

C’est pourquoi j’ai toujours eu une vision globale de mon métier : comprendre le cheval dans son ensemble plutôt que chercher à corriger un symptôme isolé.

Si les études m’ont appris la nutrition, le terrain m’a appris mon métier.

Aujourd’hui, je suis convaincue que la véritable richesse de la nutrition équine se trouve précisément à la rencontre de ces deux mondes : là où les connaissances scientifiques deviennent des solutions concrètes pour des chevaux bien réels.

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Le microbiote : quand la nutrition dépasse la simple ration